Semaine hispanophone 2015 : Exposition de livres rares

Histoire des Indes occidentales de Las Casas

Bartolomé de Las Casas, Histoire des Indes occidentales ov l’on reconnoit la bonte de ces païs, & de leurs peuples; & les cruautez Tyranniques des Eſpagnols. Décrite premierement en langue Caſtillane par Dom Barthelemy de Las Casas, de l’Ordre de S. Dominique, & Eueſque de Chappa; & depuis fidellement traduite en François. À Lyon, Chez Iean Caffin, & F. Plaignard, en rüe Merciere, au Nom de Iesus, M.DC.XLII (1642).

Livres rares – Général – F 1411 C4224

Notice sur Virtuose

Présenté ici pour une première fois en exposition, cet exemplaire datant de 1642 suscite la curiosité, sachant qu’il est surprenant de trouver des exemplaires traduits en français et publiés au 17e siècle d’une œuvre jamais publiée en espagnol, du vivant de son auteur comme de plusieurs siècles qui ont suivi son décès. L’œuvre complète intitulée Historia de las Indias, n’a été publiée qu’en 1875-76 à Madrid et comptait 5 volumes. Il ne s’agit donc pas de la même œuvre, mais bien d’un assemblage.

Au format In-16°, avec de gros caractères, cette édition française semble faire partie de l’arsenal des «ennemis de l’Espagne» en Europe, corroborant la thèse de Las Casas sur la destruction des communautés amérindiennes du Nouveau Monde, et par là du mérite fondé ou non accordé à la couronne d’Espagne de l’époque pour son entreprise coloniale.

Bref, cette édition reprend plutôt en bonne partie les propos de Brevísima relación de la destrucción de las Indias (Très brève relation de la destruction des Indes en français), publié la première fois en 1542, auxquels ont été ajoutés, suite à l’initiative du traducteur français de l’époque, «[…] quelques prefaces ou prologues» extraits d’autres écrits de Las Casas. On y trouve notamment la transcription de la supplique de ce dernier pour la défense des Amérindiens, adressée à Charles Quint, dans sa tentative de réformer la législation impériale (1542). On y trouve aussi des passages évoquant sa dispute avec Sepulveda, l’historiographe de Charles Quint, lors de la célèbre controverse de Valladolid (1550-1551).

On sait que Las Casas, le personnage, ne s’est pas fait en un jour, que c’est suite à ses propres expériences sur le terrain des colonies, à ce dont il a été témoin visuel, ainsi qu’aux témoignages rapportés dans des correspondances diverses au sujet d’abus commis par les colons espagnols, qu’il s’est forgé une opinion affirmée à ce qu’on peut appeler la cause de sa vie et de son sacerdoce. Plus d’une fois, il a été lui-même encomiendero, i.e. : propriétaire d’un immense domaine colonial avec autorité sur les habitants, à l’instar de plusieurs colons espagnols. Les encomiendas représentaient le système de distribution des terres par les gouverneurs coloniaux espagnols, système où l’on devine facilement les abus commis à l’endroit des habitants locaux, un système menant tout droit à l’esclavage.

Las Casas est, en quelque sorte, le précurseur des Droits de l’homme, par ses discours, ses sermons et ses écrits. En bon dominicain, donc formé aux prêches, il avait le sens de la formule. Ses propos seront toutefois instrumentalisés par les ennemis européens de l’Espagne, au cœur du 16e siècle si déterminant pour l’histoire de cet empire, préfigurant la «leyenda negra».

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L'aventure de Cortez, le récit de Gomara

Francisco Lopez de Gómara (1511-1564) & Guillaume le Breton (s.d.).Voyages et Conquestes du Capitaine Ferdinand Courtois, és Indes Occidentales : Hiſtoire traduite de langue Eſpagnole, par Guillaume le Breton Niuernois. A Paris, Chez Abel L’Angelier, au premier pillier de la grand’Sale du Palais. M.D.LXXX.VIII [1588]. Avec privilège du Roy.

Livres rares – Général – F 1230 G64

Notice sur Virtuose

Cette traduction française du récit des aventures de Cortès et de la conquête du Mexique par ce dernier, se distingue notamment par le fait qu’elle s’appuie sur le texte original. Il s’agit ni plus ni moins de la traduction de la seconde partie de Historia general de las Indias, soit La conquista de México, rédigé par Gómara et publié à partir de 1552. On doit cette version française au fait que, bien qu’il soit interdit de publication et de diffusion (même les exemplaires restant furent saisis) à partir de 1556 par la couronne espagnole sur l’ensemble des territoires contrôlés par cette dernière, rien n’en interdisait la traduction et la diffusion dans les autres pays européens.

Francisco Lopez de Gómara fut le chapelain, secrétaire, confesseur et historiographe de Hernan Cortez. Bien qu’il n’ait jamais traversé l’Atlantique, il eut la chance de recueillir les récits et témoignages de plusieurs personnes ayant tenté l’aventure du Nouveau Monde et d’assembler plusieurs cartes géographiques pour étayer son récit. Cependant, il prit certaines libertés en y intégrant un éloge à l’endroit de Cortez, lui faisant la part belle au détriment de ses lieutenants, provoquant la colère de ces derniers. Cela et d’autres reproches, notamment une représentation peu flatteuse de Charles Quint dans le propos, conduisirent à l’interdiction et la saisie d’exemplaires, suite à la promulgation de la Real cédula (ordonnance royale).

Le traducteur Guillaume le Breton, responsable de l’édition correspondant à l’exemplaire exposé, a tout de même choisi d’inclure l’éloge à Cortez, faisant à l’époque (1588) œuvre de réhabilitation du personnage.

On peut trouver une description bibliographique détaillée de l’exemplaire dans Catalogue des imprimés des XVe et XVIe siècles dans les collections de l’Université du Québec à Montréal sous la direction de Brenda Dunn-Lardeau, publié aux Presses de l’Université du Québec (2013) en page 205. On y fait mention du choix éditorial de le Breton, notamment concernant l’éloge à Cortez.

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Ambrosio de Salazar et sa grammaire en miroir

Ambrosio de Salazar, Espexo general de la gramatica en dialogos para saber la natvral y perfecta pronunciacion de la lengua castellana [...] = Miroir general de la grammaire en dialogves : pour savoir la naturelle & parfaicte prononciation de la langue espagnole. Seruira aussi de Dictionnaire pour l'apprendre avec plus grand' facilite [...]. À Roven, Chez Adrian Morront, dans l’Eſtre noſtre Dame, prés les Changes, M.DC.XXIII [1623].

Livres rares – Général – YPQ 1

Notice sur Virtuose

On connait très peu de choses au sujet d’Ambrosio de Salazar. Le premier auteur (et le seul pendant longtemps) à s’en être préoccupé en particulier est Alfred Paul Victor Morel-Fation, historien linguiste,  qui a fait paraître en 1900 Ambrosio de Salazar et l'étude de l'espagnol en France sous Louis XIII. Cette monographie sur Salazar est pratiquement introuvable autant dans les collections que sur le marché, au moment d’écrire ces lignes.

Aventurier ligueur à l’occasion des guerres de religion de la seconde moitié du 16e siècle en France, Ambrosio de Salazar (Murcìa, 1572 – Paris, 1643) finit par s’installer à Rouen au début du 17e siècle, où il se mit à enseigner la langue castillane. C’est là qu’il publie plusieurs ouvrages de type didactique, dont le recueil Espexo […] – lire «Espejo» – paru une première fois en 1614. Cet opus remporta un certain succès car il connut plusieurs éditions subséquentes.

Salazar fut par la suite engagé auprès de la reine Anne d’Autriche, encore toute jeune à cette époque, notamment comme précepteur et traducteur de langue espagnole à la Cour de France. On profitait d’un engouement pour la langue espagnole au moment crucial du rapprochement entre les deux couronnes, française et espagnole. Cet engouement occasionna une production de méthodes d’apprentissage de langue castillane en France, dont Salazar fut un des premiers mais loin d’être le seul à profiter. En effet, d’autres exilés espagnols, tels Juan de Luna, Lorenzo de Robles, Gérónimo de Tejeda et Alejandro de Luna, ont pu en profiter.

Les méthodes d’apprentissage de l’espagnol de Salazar ont été jugées correctes, sans plus, visant surtout à enseigner l’espagnol de base, livré dans un contexte ludique à un public de courtisans. Le choix de cette approche lui a valu quelques critiques de ses contemporains, notamment quelques français versant dans l’humanisme des langues – Nicolas Charpentier, Jean Oudin – et d’autres exilés espagnols en France – Juan de Luna, Gérónimo de Tejeda.

L’exemplaire présenté en exposition est une édition datant de 1623, comptant 528 pages. Chaque page est éditée sur deux colonnes, l’une en espagnol et l’autre en français, de façon à représenter le contenu dans les deux langues, dans une disposition «en miroir». On peut s’imaginer à l’époque : l’assemblage des exemplaires a donc requis une grande concentration de la part des ouvriers dans l’atelier d’imprimerie.

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